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1 novembre 2006

La "clouturière" a 90 ans

Petit article dans le quotidien local qui me ramène pratiquement un demi-siècle en arrière. Madame R. était couturière à domicile; elle venait chez nous en général deux fois (un ou deux jours) par année. Elle retaillait parfois les vêtements d'adulte (sans patron) pour nous ( ma soeur et moi) refaire une jupe ou une robe; plus souvent, c'était, à l'aube d'une nouvelle saison, une robe ou un manteau neuf. Je détestais les essayages (et les épingles !!), et la finition de l'ourlet: debout sur la table, fallait tourner lentement sur soi-même.

Qui pratique la couture fréquente la mercerie. Très souvent, c'est moi qui , munie de ma petite liste, allait faire les achats. Fi de la charmante mercière ... C'était un lieu de vente en demi-gros, une grande salle avec 4 personnes qui m'impressionnaient fortement (j'm'en souviens encore): le patron, un petit monsieur assez avenant, son épouse, très ridée et maquillée, la voix sèche et coupante, un vendeur blond "transparent", et un autre aux lunettes carrées cerclées d'écaille, des cheveux noirs coiffés en arrière, collés à la brillantine (je crois avoir trouvé son sosie dans le film "Amélie Poulain"). Je prenais mon courage à deux mains avant de monter les quelques marches: gros-grain, extra-fort, faufil (en 1 ou 2 mots?), le fil ou la fermeture éclair assortis à l'échantillon de tissu ... et poussais un gros soupir de soulagement en ressortant .

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Commentaires
C
la femme du patron ressemble trait pour trait a ma patronne a moi quand j'avais 20 ans et que je travaillé dans un magasin de cadeaux jouets et des tas d'autres choses magasin super mais pas la patronne bisous
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D
Oserais-je avouer que mes premiers émois sensuels ont été provoqués par la "clouturière" : j'adorais lorsqu'elle prenait mes mesures, bien que nous étions une maison de femmes, c'était une maison où l'on ne se touchait pas, et je garde encore en moi ce frisson délicieux, provoqué par l'attouchement léger, précis (et totalement professionnel) de ses doigts meurtris par les piqures d'aiguille.<br /> <br /> Les essayages ? un doux calvaire, plein de promesses, tournant doucement sur moi-même, debout sur la table de la "chambre" ... <br /> <br /> Bien sûr, les vêtements n'étaient pas toujours ceux dont on rêvait, une année trop grand, une année juste, une année trop petit, telle était plus ou moins la devise non avouée. Mais ce petit tailleur "Courrèges" gris, trop tendance, c'était quand ? Pâques 65 ? <br /> <br /> Et la "clouturière", c'est aussi l'entrée de la guerre d'Algérie dans mon univers, j'en connaissais tout par la lecture de Match, le choc des photos, la petite Renard ensanglantée, BB rançonnée, les attentants, Petit-Clamart, mais son fils à elle, y était pour de vrai.
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F
c'est avec des souvenirs comme cela que l'on peut devenir réfractaire à la couture... moi aussi j'ai des souvenirs d'essayage horribles... la couturière, une vieille dame pas du tout fantaisiste, rigide, qui me piquait (elle le faisait exprès ?!) m'a très longtemps dégouttée de la couture... à présent je me pique toute seule en faisant mes patchs, mais ce n'est pas pareil, cela devient du plaisir, non, je ne suis pas maso !
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