La "clouturière" a 90 ans
Petit article dans le quotidien local qui me ramène pratiquement un demi-siècle en arrière. Madame R. était couturière à domicile; elle venait chez nous en général deux fois (un ou deux jours) par année. Elle retaillait parfois les vêtements d'adulte (sans patron) pour nous ( ma soeur et moi) refaire une jupe ou une robe; plus souvent, c'était, à l'aube d'une nouvelle saison, une robe ou un manteau neuf. Je détestais les essayages (et les épingles !!), et la finition de l'ourlet: debout sur la table, fallait tourner lentement sur soi-même.
Qui pratique la couture fréquente la mercerie. Très souvent, c'est moi qui , munie de ma petite liste, allait faire les achats. Fi de la charmante mercière ... C'était un lieu de vente en demi-gros, une grande salle avec 4 personnes qui m'impressionnaient fortement (j'm'en souviens encore): le patron, un petit monsieur assez avenant, son épouse, très ridée et maquillée, la voix sèche et coupante, un vendeur blond "transparent", et un autre aux lunettes carrées cerclées d'écaille, des cheveux noirs coiffés en arrière, collés à la brillantine (je crois avoir trouvé son sosie dans le film "Amélie Poulain"). Je prenais mon courage à deux mains avant de monter les quelques marches: gros-grain, extra-fort, faufil (en 1 ou 2 mots?), le fil ou la fermeture éclair assortis à l'échantillon de tissu ... et poussais un gros soupir de soulagement en ressortant .